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Objectifs du chapitre

  • Présenter les bases de l’apprentissage automatique.
  • Présenter les différentes applications de l’apprentissage automatique.
  • Présenter les différents types de l’apprentissage automatique.

1. Qu’est-ce que l’apprentissage automatique ?

L’apprentissage automatique est la discipline donnant aux ordinateurs la capacité d’apprendre sans qu’ils soient explicitement programmés (Arthur Samuel, 1959). Une définition plus technique, due à Tom Mitchell (1997) : étant donné une tâche T et une mesure de performance P, un programme informatique apprend à partir d’une expérience E si les résultats obtenus sur T, mesurés par P, s’améliorent avec l’expérience E.

Exemple introductif : à partir de données historiques de patients soupçonnés d’une tumeur, le modèle prédit si la tumeur est bénigne ou maligne.

2. Les techniques de ML

TechniqueDescription
Régression / estimationPrédire des valeurs continues (numériques). Exemple : prédiction du prix d’une maison.
ClassificationPrédire la classe ou la catégorie d’un cas. Exemple : customer churn, employee churn.
ClusteringRegroupement de cas similaires.
AssociationTrouver des articles ou des événements qui se produisent souvent ensemble.
Détection des anomaliesDétecter les cas anormaux et inhabituels.
Sequence miningPrédire l’événement suivant (Markov…).
Réduction des dimensions (feature selection)Réduire la taille des datasets (PCA, SelectBest, matrice de corrélation…).
Systèmes de recommandationAssocier les préférences des gens à celles d’autres personnes aux goûts similaires.

3. Les concepts clés de ML

L’apprentissage se base sur trois composants : les données d’apprentissage (chaque entrée du jeu de données est un exemple, un échantillon, une instance ou une observation), la tâche à résoudre (classifier, prédire, ordonner…) et la mesure de performance (F1-score, jaccard index…). Un système apprend s’il améliore ses performances sur une tâche donnée à mesure qu’il observe des exemples de cette tâche.

Les données sont souvent réparties en trois ensembles : l’ensemble d’entraînement (training set, utilisé pour générer le modèle), l’ensemble de test (test set, sur lequel le modèle est appliqué pour être testé et réajusté) et l’ensemble de validation (validation set, utilisé pour réajuster les hyperparamètres de l’algorithme d’apprentissage).

ProblèmeDéfinitionSolutions
Sur-apprentissage (overfitting)Le modèle s’adapte si précisément au training set (apprentissage « par cœur », capture du bruit) qu’il ne généralise pas sur les nouvelles données.Régularisation (L1/Lasso, L2/Ridge), simplifier le modèle, augmentation des données, validation croisée.
Sous-apprentissage (underfitting)Le modèle s’adapte mal au training set et n’arrive pas à capturer ses corrélations ; le coût d’erreur reste grand en phase d’apprentissage.Modèles plus complexes (arbres de décision, réseaux neuronaux), augmenter la durée d’entraînement, ajouter des caractéristiques.

4. Les types de ML

TypePrincipe
Apprentissage superviséConstruit des modèles à partir d’exemples dont on connaît les étiquettes (labels). Comprend la classification (prédiction d’une valeur discrète) et la régression (prédiction d’une valeur continue).
Apprentissage non superviséL’algorithme découvre lui-même la structure des données (patterns, clusters). Un cluster est un ensemble de données homogènes au sens d’un critère de similarité (distance, densité).
Apprentissage par renforcementUn agent prend des actions dans un environnement, qui renvoie une récompense positive ou négative ; l’objectif est de maximiser les récompenses cumulées sur le long terme. Exemples : jeux vidéo (AlphaGo, Dota 2), robots autonomes, optimisation du trafic, trading automatique.

5. Les défis et risques de l’IA

RisqueExempleSolution
Biais dans les résultatsUn modèle d’approbation de prêt discrimine selon le genre ou l’origine ethnique.Analyser et nettoyer les données pour éliminer les biais, tester sur des ensembles diversifiés et représentatifs.
Erreurs pouvant causer des dommagesUn véhicule autonome provoque une collision à cause d’une défaillance du système.Tests rigoureux avant déploiement, mécanismes de sécurité pour limiter les impacts en cas de panne.
Exposition des donnéesDes diagnostics médicaux utilisent des données de patients stockées de manière peu sécurisée.Chiffrement des données, respect des réglementations (RGPD).
Solutions non adaptées pour tousUn assistant domestique sans sortie audio adaptée aux malvoyants.Tests d’accessibilité pendant la conception, fonctionnalités inclusives.
Complexité et confianceUn outil financier propose des recommandations d’investissement sans explication claire.Améliorer la transparence des systèmes, outils pédagogiques pour comprendre les recommandations.
Responsabilité légaleUne personne condamnée à tort sur la base d’une reconnaissance faciale incorrecte.Cadres légaux et éthiques clairs, supervision humaine pour les décisions critiques.

Une IA responsable se reconnaît à six critères : équité, fiabilité et sécurité, respect de la vie privée, inclusivité, transparence, responsabilité.

6. Les méthodologies de travail en data science

KDD (Knowledge Discovery in Databases)

Proposé par Ossama Fayyad en 1996, le KDD est un processus itératif et interactif de fouille de données, dont le but est l’extraction de connaissances (motifs valides, utiles et exploitables) à partir de grandes quantités de données, par des méthodes automatiques ou semi-automatiques. Son principal défaut est le manque de guidage de l’utilisateur, qui ne choisit pas toujours la meilleure solution adaptée à ses données à chaque étape.

Les neuf phases du KDD :

  1. Développer et comprendre le domaine de l’application.
  2. Sélection des données.
  3. Prétraitement et nettoyage des données.
  4. Transformation des données.
  5. Choisir la meilleure tâche pour la fouille de données (classification, régression, regroupement…).
  6. Choisir l’algorithme de ML.
  7. Implémenter l’algorithme de ML.
  8. Évaluation et interprétation des motifs découverts.
  9. Utiliser les connaissances découvertes (incorporation dans d’autres systèmes).

CRISP-DM (Cross-Industry Standard Process for Data Mining)

Méthode éprouvée sur le terrain décrivant une approche communément utilisée par les experts pour orienter les travaux de Data Science ; elle comprend à la fois une méthodologie (description des phases et tâches types) et un modèle de processus (aperçu du cycle de vie du projet).

PhaseContenu
Compréhension métierDéterminer les objectifs d’affaires, résoudre un problème spécifique, évaluer la situation actuelle, convertir en problème de data mining, élaborer un plan de projet.
Compréhension des donnéesCollecte initiale, description, exploration, vérification de la qualité et sélection des données, provenant de sources internes (ERP, CRM, Data Warehouse), externes (données commerciales, gouvernementales) ou créées (recherche).
Préparation des donnéesNettoyer les données sélectionnées (valeurs manquantes, aberrantes, redondance, incohérences), transformer les données vers une échelle numérique unifiée.
ModélisationTraitement des données (ensemble d’apprentissage, ensemble de test), techniques de data mining (association, classification, clustering, prédictions, motifs séquentiels).
ÉvaluationVérifier que le modèle répond aux objectifs métier, qu’aucun objectif important n’est non résolu, que le modèle est logique et actionnable.
DéploiementSuivi et entretien : évaluer la performance par rapport aux critères de réussite, suivre la réaction du marché et des concurrents.

Les données du monde réel posent trois types de problèmes :

Type de problèmeExempleCause principale
Incomplètesoccupation = ""Valeur « sans objet » à la collecte, décalage entre collecte et analyse, problèmes humains, matériels ou logiciels.
Bruyantessalaire = "-1000"Instruments de collecte erronés, erreur humaine ou informatique à la saisie, erreurs de transmission.
Incohérentesage = "42" et anniversaire = "03/07/1993"Différentes sources de données, violation de dépendance fonctionnelle.

IBM Master Plan

Cadre méthodologique développé par IBM pour structurer les projets analytiques. Il reprend des éléments de CRISP-DM en les enrichissant avec la gouvernance des données, la stratégie d’entreprise (alignement business/IT) et la mise en production continue. IBM le présente comme une évolution du CRISP-DM pour les environnements modernes (Big Data, Cloud, IA).

TDSP (Team Data Science Process)

Dans le TDSP, chaque membre de l’équipe doit se voir attribuer un rôle clair et cohérent du début à la fin du projet.

RôleTâches
Chef de projet / Responsable Data ScienceDéfinit les objectifs métier, coordonne les activités entre équipes (data science, ingénierie, métier), supervise l’avancement du projet.
Data ScientistExplore et analyse les données, développe/entraîne/valide les modèles de machine learning, interprète les résultats.
Ingénieur Data (Data Engineer)Prépare, intègre et nettoie les données, met en place les pipelines de données, garantit leur qualité et disponibilité.
Architecte SolutionConçoit l’infrastructure technique, assure la scalabilité, la sécurité et l’intégration dans le système d’information.
Analyste Métier / Expert DomaineApporte la connaissance métier, traduit les besoins métier en objectifs analytiques, valide la pertinence des résultats.

CPMAI (Cognitive Project Management for AI)

Méthodologie qui propose une démarche éprouvée, étape par étape, pour gérer le cycle de vie d’un projet IA avec clarté. Ses six phases guident l’équipe de l’alignement métier jusqu’à l’impact réel :

PhaseObjectif
1. Compréhension métierDéfinir le problème, clarifier les objectifs, déterminer si l’IA est la solution adaptée.
2. Compréhension des donnéesExplorer les données disponibles, leur accessibilité, leur représentativité du contexte réel du problème.
3. Préparation des donnéesNettoyer, étiqueter, standardiser et dédupliquer les données : la qualité des données conditionne directement la performance du modèle.
4. Développement du modèleChoisir, entraîner et ajuster le modèle, guidé par les objectifs mesurables définis dans les phases précédentes.
5. Évaluation du modèleÉvaluer la performance, l’équité et l’alignement du modèle avec un cadre d’IA de confiance.
6. Opérationnalisation du modèleIntégrer le modèle dans les processus métier, mettre en place le suivi et les boucles de rétroaction.

Tableau comparatif des méthodologies

MéthodologieObjectif principalAxe principalPhases typiquesAdaptée à
CRISP-DMData mining / projets data scienceProcessus structuré d’analyse de donnéesBusiness → Data → Preparation → Modeling → Evaluation → DeploymentML classique et data mining
TDSPProjets data science en environnement d’ingénierieCollaboration, infrastructure, exécution AgileBusiness understanding → Data acquisition → Modeling → Deployment → Customer acceptanceProjets DS industriels/en équipe
CPMAIProjets IA, notamment IA générative moderneCycle de vie IA, IA responsable, productionBusiness → Data → AI/model → Evaluation → Deployment → MonitoringProjets IA/ML, GenAI, LLM
IBM Data Science MethodologyData science et analytiqueDu problème métier au déploiementBusiness understanding → Analytical approach → Data → Modeling → Evaluation → Deployment → FeedbackProjets DS/IA orientés IBM